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Un Bébé de 100 ans

Posté : 08 oct. 2012, 16:30
par La Taupe
Pour son centenaire, j'offre à la Bébé Peugeot une petite cure de jouvence. Pour ceux que ça amuse de savoir comment on faisait un 4 cylindres en 1912, voici une vue de l'intérieur du bousin qui devrait vous interesser.

DSCF1718.JPG


Et puis je vous ferais remarquer qu'il s'agit d'un double arbres........sur une culasse en Té. Il mégotait pas notre Ettore.

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 08 oct. 2012, 18:37
par hbr5
Joli bébé ... quand je vois le profil des cames il me semble reconnaitre celui de ma MOTO REVE 1912....AH les ancêtres 8-) 8-) 8-) 8-)

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 08 oct. 2012, 23:50
par LOU01
La Taupe a écrit :...Et puis je vous ferais remarquer qu'il s'agit d'un double arbres........sur une culasse en Té. Il mégotait pas notre Ettore.

Oui, oui, oui, mais seulement un palier à chaque bout du vilebrequin, quel optimisme cet Ettore ! Tu vas me dire, la zone rouge n'est pas loin du ralenti...

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 09 oct. 2012, 02:49
par CorsaRed
En quoi consiste la "cure de jouvence" ?
Et sinon, tu va lui mettre un filtre KN ou ITG ?

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 09 oct. 2012, 09:37
par La Taupe
CorsaRed a écrit :En quoi consiste la "cure de jouvence" ?
Et sinon, tu va lui mettre un filtre KN ou ITG ?


Le proprio précédent avait monté un arbre à cames d'échappement sur l'admission dans l'espoir de gagner des chevaux (on fait ça sur les Riley) mais le résultat escompté n'a pas eu de succès. Heureusement, j'ai un moteur de rechange, ce qui m'a permis de récuperer l'arbre d'origine. A part ça, rectification des paliers de bielles, montage de pistons en alu (fonte d'origine), rodage des soupapes, rectification de toutes les portées de joint (il partait plus d'huile par les fuites que par les segments) et un nettoyage complet.
Pour le filtre, le carbu Claudel qui est une misère a été remplacé par un Solex 26MH en bronze. Filtre à air ? Qu'est ce que c'est ? J'ai un deflecteur qui empêche les caillous de rentrer et a un volet de starter manuel mais un filtre, pourquoi, je vis à la campagne, l'air est pur ici et si tu en limites le débit, mon Bébé va mourrir asfixié.

DSCF1720.JPG

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 09 oct. 2012, 09:42
par La Taupe
LOU01 a écrit :Oui, oui, oui, mais seulement un palier à chaque bout du vilebrequin, quel optimisme cet Ettore ! Tu vas me dire, la zone rouge n'est pas loin du ralenti...


Les paliers c'est du frottement et du poids en plus et sur cette auto tout compte, c'est une bataille continuelle entre le travail du moteur et les forces de resistance et c'est pas toujours le travail qui gagne.
Heu..tu te moques mais le ralenti est à 400 t/mn alors que la zone rouge est à 1750 t/mn, soit 4 fois plus vite, non mais!

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 09 oct. 2012, 10:49
par LOU01
La Taupe a écrit :...Heu..tu te moques mais le ralenti est à 400 t/mn alors que la zone rouge est à 1750 t/mn, soit 4 fois plus vite, non mais!

Je ne me permettrait pas, c'était juste pour illustrer, en comparaison d'un moteur beaucoup plus récent, disons 1938, les tours moteurs étaient beaucoup plus élevés, de l'ordre de 3500 t/mn, une folie même pas envisagée à l'heure où Ettore a osé ce moteur.
Ceci dit, je n'étais pas très loin de la vérité, en comparaison avec un bouilleur de la fin du siècle dernier avec un ralenti à presque 1000 t/mn, la zone rouge n'est pas loin... :lol: ...

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 11 oct. 2012, 20:55
par La Taupe
LOU01 a écrit :[Je ne me permettrait pas, c'était juste pour illustrer, en comparaison d'un moteur beaucoup plus récent, disons 1938, les tours moteurs étaient beaucoup plus élevés, de l'ordre de 3500 t/mn, une folie même pas envisagée à l'heure où Ettore a osé ce moteur.
Ceci dit, je n'étais pas très loin de la vérité, en comparaison avec un bouilleur de la fin du siècle dernier avec un ralenti à presque 1000 t/mn, la zone rouge n'est pas loin... :lol: ...


Tu as tout à fait raison. Les moteurs de cette époque sont encore fondés sur les principes des moteurs à gaz et des premiers moteurs à pétrole. Le rendement est tellement minable que la seule façon de faire marcher le truc est d'enmagaziner le peu d'énergie produite lors du boum dans un volant le plus lourd possible pour que ça ne cale pas pendant le cycle mort. Incroyable pour nous maintenant, non? En plus on a pas encore résolu le problème de la lubrification, on en est encore au barbotage ce qui implique une vitesse de rotation siffisament lente pour que le bain d'huile se restaure entre deux passages de la bielle.
Une décennie plus tôt les autos de course de la Coupe Gordon Bennett et leur moteur de plus de 10 litres tournent à un régime maxi de 1400 t/mn alors que le ralenti d'une F1 actuelle est à plus de 3000 t/mn.

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 12 oct. 2012, 21:18
par 4HP
Question de néophyte La Taupe, le vilebrequin semble un assemblage de plusieurs morceaux?

J'aime bien aussi le "profil" des bielles.

Apparemment tu as déjà monté les pistons alu.

Bonne soirée.

4HP.

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 13 oct. 2012, 09:01
par lelibon
Bonjour,
Je découvre cette première transformation d'un mouvement alternatif en mouvement rotatif et j'ignorais qu'un tel montage avait existé sur des moteurs. Un équilibrage d'un tel montage est-il possible ?
En quelle année, la création du profil du vilebrequin actuel ? Est-ce une évolution progressive ?
lelibon

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 13 oct. 2012, 10:00
par La Taupe
4HP a écrit :Question de néophyte La Taupe, le vilebrequin semble un assemblage de plusieurs morceaux?


Sur la Bébé le villo est d'une seule pièce mais sa forme est inhabituelle, c'est parce qu'il est taillé dans la masse à partir d'une ébauche découpée dans une tôle de 50mm d'épaisseur, ce n'est pas le moyen le plus économique et la forme manque furieusement d'aerodynamisme. C'est beaucoup plus tard que les motoristes se sont rendu compte que ces pièces bougent à haute vitesse et qu'on a interêt à les profiler. Les villos en plusieurs pièces ce faisaient à l'époque et Ettore utilisera cette méthode lorsqu'il montera les bielles sur roulements à rouleaux, sur ses 8 cylindres de course par exemple car il n'y a pas d'autres moyen de faire l'assemblage. C'est après la 1ere guerre mondiale que les villos deviennent forgés, c'est la méthode toujours employée aujourd'hui pour la production de masse. Par contre pour la compétition, on continue à produire le villo à partir d'un rondin pour accroitre la solidité de la pièce.
Voici une photo des pièces. A noter que la tête de bielle (le palier qui s'attache sur le villo) est une pièce séparée en bronze. Les pignons d'entrainement d'arbre à cames sont en Celoron, une méthode très moderne à l'époque

BB 7.jpg

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 13 oct. 2012, 10:43
par La Taupe
lelibon a écrit :Bonjour,
Je découvre cette première transformation d'un mouvement alternatif en mouvement rotatif et j'ignorais qu'un tel montage avait existé sur des moteurs. Un équilibrage d'un tel montage est-il possible ?
En quelle année, la création du profil du vilebrequin actuel ? Est-ce une évolution progressive ?
lelibon

L'équilibrage est tout à fait possible. Il suffit d'avoir la machine qui detecte les balourds (même principe que pour les machines à équilibrer les pneus) par contre, dans mon cas, cela présente peu d'intérêt car le villebrequin n'est pas équilibré dynamiquement. C'est à dire que les joues n'ont pas les masselottes d'équilibrage comme sur les villebrequins modernes pour compenser le balourd créé par la bielle et le piston. C'est pour cela que le remplacement des pistons en fonte (très lourds) par des pistons en alu est plus avantageux.
La plupart des villebrequins de l'époque, surtout sur les gros moteurs, ont des joues qui sont des flasques complets, l'idée de découper les joues en forme de secteurs comme sur les villos actuels se généralise juste avant la guerre de 1914. Etant donné la petite taille du moteur et sa faible vitesse de rotation, Ettore adopte donc une méthode assez radicale, il se dispense non seulement des joues à volant complet mais aussi des secteurs.
Tout ce qui concerne le moteur à pétrole est une évolution progressive. Les tous premiers n'étant plus ou moins que des moteurs à vapeur transformés. Sur ces derniers les poids et les techniques d'amélioration de rendement jouent peu car ils étaient utilisés pour de gros engins de transport (navires, bateaux et locomotives) et les vitesses de rotation très lentes (de 60 à 100 t/mn). Les concepteurs ne se sont rendus comptent que les moteurs à pétrole offraient des possibilités de puissance elevée à haute vitesse que progressivement et chacun y est allé de son petit truc qui faisait aller plus vite. Ce qui est étonnant c'est que cette évolution est très empirique. La science et le calcul jouent un rôle mineur dans tout cela. La nuée de petits constructeurs de l'époque sortent des engins rocambolesques fondés sur des hypothèses tout à fait intuitives. Seule la réalisation qui en découle et la course automobile vont determiner ce qui marche et ce qui casse ou n'avance pas. Pour nous, il en reste une collection d'engins abracadabran à la Dubout qu'on s'éfforce de faire marcher tant bien que mal purement pour le défi, voir les Bédélia, Lafitte, et autres incongruités. Il y a là un parallèle avec le Darwinisme en zoologie qui m'amuse, c'est la loi qui veut que seul celui qui évolue dans le bon sens survit (Peugeot, Renault, etc..) alors que celui qui ne s'adapte pas disparait (De Dion, Panhard, Delaunay, etc...)

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 13 oct. 2012, 12:42
par lelibon
Un grand merci pour ces infos trés trés interressantes.
Avec de tels montages, des graissages pas barbotage, etc..., les casses moteurs devaient être fréquentes d'où cette amélioration rapide de la technique moteur pour fiabiliser ces ensembles mais aussi pour augmenter la puissance spécifique.
Sommes nous à l'apogée à ce jour dans le domaine du moteur à explosion ?
lelibon

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 13 oct. 2012, 13:16
par hbr5
Pignon en céloron dans ces époques ???? je découvre et n'aurais pas cru cela possible !

Par contre pour répondre a une des questions d'aprés mon expérience les moteurs de ces époques cassent rarement pour peu qu'on leur donne de l'huile , par contre ils s'usent trés trés rapidement :mrgreen:

Re: Un Bébé de 100 ans

Posté : 13 oct. 2012, 18:47
par La Taupe
lelibon a écrit :Sommes nous à l'apogée à ce jour dans le domaine du moteur à explosion ? lelibon


L'histoire de la mécanique et de l'automobile est fascinante et pleine d'enseignement avec des ramifications jusque dans la gestion, l'économie et même la politique par l'importance que cette industrie a pris dans la vie de tous parmi nous. C'est pour cela qu'elle me passionne.
Il y avait en effet de la casse mais comme le dit HBR5, c'était surtout limité aux conducteurs qui abusaient l'engin ou aux moteurs qui avaient des défauts de conception notoires. La Fiat 509 était réputée pour jetter ses bielles au travers du carter au premier sur-régime , l'Anzani premier modèle cassait sa distribution pour un défaut de profil des cames sur les Morgan Aero, etc.... Par contre, l'usure, à cause du manque de lubrification était l'ennemi n°1.
C'est à la fin des années 60 que les moteurs sont devenus très fiable et cela à cause des autoroutes. Les trajets à haute vitesse à des régimes soutenus sur longue distance ont obligé les constructeurs à reviser serieusement la lubrification en montant des pompes à haute préssion et les pétroliers à faire des huiles qui gardent leur propriétés lubrifiantes à haute température.
Pour répondre à ta question, il faut savoir que le premier moteur à double arbre à cames en tête et 4 soupapes par cylindre date de 1908 !!!! déssiné par le Suisse Ernest Henry pour la Peugeot L76 des Grands Prix. Les principes de base du moteur à haut rendement ne datent donc pas d'hier. Depuis, seuls l'injection et la gestion electronique ont fait faire un réèl pas en avant, le reste n'est que du petit developpement en matière d'usinage, de metallurgie et du peaufinage des dimensions des pièces. Il est donc difficile d'envisager que le moteur à pétrole ne soit pas à son apogée. Le dernier bastion de resistance à un gros progrès demande une refonte totale de la distribution telle qu'on la connait actuellement. Le système à soupapes est archaique et les pertes de charge des gaz devant contourner par ces petites portes rondes sont énormes. Avec les matières céramiques et les métaux à haute resistance dont on dispose aujourd'hui, on devrait pouvoir passer à un système de valves rotatives à commande électronique (sans arbre à cames donc plus de pignons, plus de chaines, moins de poids en rotation, moins de frottements) qui laisseraient passer les gazs dans la chambre de combustion au bon moment et sans aucune obstruction. Comme je ne suis pas concepteur, je ne sais pas ce qui les retient, les variations de temperature, le pognon, le manque de matière grise, le lobby des fabricants de soupapes, il y a surement une raison.