Il était une fois...

Racontez-nous des histoires, de voitures si possible.
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Il était une fois...

Messagepar La Taupe » 10 avr. 2010, 21:18

NAISSANCE D'UNE PASSION

Maman veut une voiture avec un long capot et une courroie de cuir pour le fermer. La 4CV Renault qu'on avait achetée à Grand-Père a finalement rendu l'âme. Papa a décidé que la trésorerie familiale devrait permettre l'achat d'un véhicule neuf, mais Maman veut un long capot et une courroie de cuir pour le fermer et elle n'en demordra pas. Il y a pourtant déja longtemps qu'on ne les fait plus comme ça, il y a même eu une guerre mondiale depuis mais, quand elle parle de sa nouvelle voiture, on peut voir défiler dans ses yeux Isadora Duncan et son Amilcar, Rita Hayworth et sa Duisenberg, et, dans les bons jours, Rolland Garros et sa 5 Litres à chaine. Ça, ça veut dire qu'il vaudrait mieux qu'on se mette à la recherche dès maintenant.

Le premier samedi venu Papa achète "l'Argus" et nous voilà, lui, Christophe et moi sillonnant les rues de Paris cherchant l'oiseau rare et le mouton à cinq pattes; parce qu'en 1967 le marché de l'auto ancienne est dans une mauvaise passe question popularité. Le vintage état concours n'éxiste pas encore. Ce qu'on trouve c'est de la MG TA à TF que l'on qualifie pudiquement de "dans son jus". Ça laisse entrevoir de nombreuses nuits d'hiver bien froides à restaurer la voiture au fond du garage avant de pouvoir s'en servir. On trouve des Bugatti à des prix qui font pâlir les investisseurs d'aujourd'hui mais elles souffrent toutes d'un curieux syndrome, la batterie est toujours à plat. On vous assure que si vous la prenez maintenant, avec une batterie neuve, elle tourne comme une horloge, on entend à peine le moteur. Du haut de mes quinze ans je n'ai pas besoin du clin d'oeil de Christophe pour savoir que, le moulin, on va pouvoir tendre les portugaises comme des cordes à piano pour l'entendre, ça sent la facture très douloureuse chez monsieur Novo. Bref, c'est le bide, le Bouddha plaqué or vingt quatre carats.

Heureusement Christophe achète tous les premiers du mois "Sport Auto" et "L'Automobile", il épluche donc les numéros spéciaux du Salon. Trois modèles s'offrent à nous :

L'Excalibur, copie non conforme des Mercedes SSK fabriquée dans l'Ohio à Milwaukee et dans le plastique massif par la même occasion. Pas très jolie, très chère et Johnny Halliday vient d'en acheter une ! Elle n'a vraiment rien pour elle.

La Siata Spring, précurseur de la mode rétro, aussi en plastique, sur base de FIAT 600 avec un groupe propulseur de 22 chevaux-vapeur. Isadora serait toujours parmi nous à ce jour car en prenant son écharpe dans l'éssieu arrière elle aurait fait caler le moteur. Le tragique tourne à l'humiliant. Pour couronner tout ça, la courroie de capot est en simili!

Enfin la Morgan +4, 4 places: La ligne est élégante, la puissance bien dosée, en frêne de Belgique et acier de Sheffield et le prix est dans nos cordes. C'est le vote à l'unanimité avec les félicitations du jury.

Nous voilà donc sur le stand Morgan, tenu par les Etablissements Jacques Savoye, au salon de l'auto avec trois voitures exposées. Il faudra plus de vingt ans aux artisans de Malvern pour se remettre d'une telle charge de travail et pouvoir répéter l'opération. Claude Savoye grand, élégant et habillé en gentleman-farmer nous présente les voitures sans emprèssement ni émoi mais avec un flègme tout à fait britannique. Guy, son frère, vêtu sport, plus direct et bourru voit d'un mauvais oeil ce gamin de quinze ans qui fanfaronne sur les sièges en cuir et essaye les places arrières en clamant aux badauds que c'est juste à sa taille. Sa technique de vente est assez différente de celle d'un vendeur de brosses à reluire.
- "Vous savez, c'est très tappe-cul,...le chauffage est inéfficace, il pleut dedans comme dehors et c'est très fatigant à conduire"
Nous insistons; il nous donne donc rendez-vous pour un éssai mardi prochain.
-" Ce n'est pas une familiale alors avec deux gosses, hein?" conclut-il
-" Ah! et puis j'oubliais, j'éspère que vous n'êtes pas préssés parce qu'il y a de l'attente."
-" Combien ?" demande Maman.
-" Quatre mois environ." (Je vous jure que ceci est une histoire vraie).
-" Et pour la courroie en cuir ?" J'ai l'impréssion que chez Morgan ils vont poser la courroie d'abord et construire la voiture en dessous.
-" C'est une option, chère Madame" répond Claude, sourire en coin.

Mardi, 10 heures précises, mes parents s'emboîtent dans les sièges du +4 personnel de Guy. C'est le modèle avec lequel ils courent en rallye et sur piste, le moteur est quelque peu gonflé.
-" Bon, à partir de maintenant je ne vous parle plus parce que, j'ai oublié de vous dire au salon, c'est bruyant en plus!!" et il tourne la clé de contact.
Maman a la malencontreuse idée de lui demander si "ça" tient bien la route. Erreur diplomatique flagrante, Guy n'attendait que cette excuse. L'éssai dure 8' 35" 7/10èmes pour le tour du Bois de Boulogne, retour au garage de la rue Brunel voiture garée.
-" On vient de faire 8ème au classement général du Tour de France"
-" Quoi? A vélo ?" demande l'ingénue.
Guy soupire longuement, les nerfs commencent à lacher. " Oui, en grand Bi. C'est une voiture de sport, madame." Il se retient pour ne pas ajouter: Pour nous les hommes comme l'eau de toilette bien connue.
Papa et maman sortent de l'auto pliés en deux, un peu pâles et le souffle court. Guy reprend confiance. Il pense avoir enfin dégoûté ces touristes qui se refusent à acheter une Simca Aronde et ne veulent pas comprendre qu'un Morgan c'est pour les fils de bonne famille et célibataires, férus de mécanique anglaise et de compétition. Il se campe donc devant eux, les jambes légèrement écartées, le torse bombé, l'air triomphant et le regard sur la ligne bleue des Vosges. Il s'apprête à tendre la main et dire poliment:
-" Eh oui, je sais bien, c'est dommage, dans vingt ans peut-être, enfin... c'est ça, au revoir et merci."
Papa pose son chéquier sur la capote et sort son Waterman 4 couleurs.
-" Alors, 10% d'arrhes, on la voudrait rouge avec cuir noir, le porte-bagages chromé et.."
-" Oui, je sais,...... une courroie sur le capot " intérrompt Guy dans un faible souffle. Ses cheveux blanchissent à vue d'oeil, il jette l'éponge.
-" Venez dans mon bureau. On va remplir le bon de commande."
On signe. Rendez-vous première semaine de Février pour prise de posséssion. On se serre la main. Les parents quittent les lieux.
Guy s'affale dans son fauteuil , ferme les yeux et laisse pendre ses bras. " Ben, ceux-là, ils en veulent, ils vont l'avoir, surtout si l'engin est pour madame. Mais ils apprendront vite" pense-t-il tout haut. Il bondit dans son siège et se retourne vivement lorsqu'il sent une petite tape sur son épaule. C'est maman , penchée sur lui et qui le regarde droit dans les yeux, l'index pointé juste sous son nez.
-" Et noubliez pas ma courroie sur le capot". Si elle insiste Guy la lui passe autour du cou.

Les frères Savoye sont des hommes charmants, authentiques amoureux de la voiture de sport anglaise. Ils n'ont aucune illusion quant aux capacités des ingénieurs britanniques à se lancer dans la technique d'avant-guarde mais ils ont un faible pour le charme des roadsters fabriqués par la pèrfide Albion.
Sans le savoir, ils sont en grande partie responsable du virus qui vient de frapper notre petite famille, car loin de nous dégoûter, leur attitude nous a fait comprendre que ce genre de voiture ne s'achète pas, il se mérite. Leur réticence avait pour but de se persuader que vous seriez satisfaits de votre Morgan en toute connaissance de cause (ou que votre Morgan serait satisfait de vous?).©La Taupe.
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Re: Il était une fois...

Messagepar denis+4 » 10 avr. 2010, 21:47

on dit bien que ,ce que femme veut....Dieu le veut!

alors ,ces bons apôtres de fréres Savoye n'avaient aucune chance.

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Re: Il était une fois...

Messagepar Toto » 10 avr. 2010, 22:07

Pour les sceptiques, l'original du bon de commande.
A noter : la courroie de capot en supplément et le délai de livraison, mars-avril pour une commande en octobre. Elle fut finalement livrée le 28 février.
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Re: Il était une fois...

Messagepar CorsaRed » 11 avr. 2010, 02:42

Un détail attire mon attention.
Je vois qu'en 67, pour une +4, l'acompte est versé en claque.
Si aujourd'hui je commande le même modèle, compte tenu de l'augmentation des prix, devrai-je verser l'acompte en bourre-pif, ou en ramponneau?

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Re: Il était une fois...

Messagepar TOC78 » 11 avr. 2010, 06:57

Une +4 rouge je vois.

Une +4 4 places je vois.

Une +4 4 places rouge, je vois encore.


Image



Mais une +4 4 places rouge avec courroie ? Vous êtes sûr ? :shock:


J' y crois pas à ton histoire, et c'est pas vos documents trafiqués...
Sinon, ça va ?

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Re: Il était une fois...

Messagepar La Taupe » 11 avr. 2010, 10:01

CorsaRed a écrit :Si aujourd'hui je commande le même modèle, compte tenu de l'augmentation des prix, devrai-je verser l'acompte en bourre-pif, ou en ramponneau?


C'est à la discretion du client .....en fonction du concessionnaire.
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Re: Il était une fois...

Messagepar Toto » 11 avr. 2010, 13:19

TOC78 a écrit :Une +4 rouge je vois.

Image



Mais une +4 4 places rouge avec courroie ? Vous êtes sûr ? :shock:


D'abord la charrette que tu nous montre c'est un 4/4 et pas une +4 et voilà une +4, 4 pl, rouge avec la courroie, celle du bon de commande.
Image
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Re: Il était une fois...

Messagepar La Taupe » 11 avr. 2010, 13:42

TOC78 a écrit :J' y crois pas à ton histoire, et c'est pas vos documents trafiqués...


Je me casse le tronc à te lire des belles histoires pour que t'ailles au pucier en rèvant de Morgan et c'est tout ce que tu trouves à dire...
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Re: Il était une fois...

Messagepar TOC78 » 11 avr. 2010, 16:02

La Taupe a écrit :
TOC78 a écrit :J' y crois pas à ton histoire, et c'est pas vos documents trafiqués...


Je me casse le tronc à te lire des belles histoires pour que t'ailles au pucier en rèvant de Morgan et c'est tout ce que tu trouves à dire...




Faut le voir pour le croire...!

Merci les gars, elle est chouette.

;)
Sinon, ça va ?

TOC78

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Re: Il était une fois...

Messagepar Clint » 11 avr. 2010, 18:10

Elle est belle ton histoire ma Taupe, moi j'y crois. ...sauf peut-etre le detail sur la ceinture pour lever l'avant de l'auto, c'est franchement exagere !

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Re: Il était une fois...

Messagepar La Taupe » 24 avr. 2010, 19:49

La suite.

(Pour le bénéfice de certains rouspétards, j'ai réédité pour que les retours-chariot ne laissent pas apparaitre la supercherie du collage d'un texte raçi et poussièrreux trouvé au fond d'un dossier sur un Sinclair ZX71).

Après quatre mois d'une attente fièvreuse pendant laquelle nous avons gratté ça et là le peu d'informations disponibles sur notre Morgan, (en 1968, aucun livre n'a encore été publié sur la marque), nous avons enfin reçu la bonne nouvelle: La voiture sera prête le 7 février à 13H00.
Nous connaissons tous par coeur le dépliant publicitaire bien succinct et en français que Claude Savoye nous a remis au salon. Chaque mot décrivant la bête a été soigneusement pesé avant d'être couché sur le papier: "Le confort raisonnable offre suffisamment d'espace pour quatre personnes de taille moyenne sur un parcours limité" (sic). A mon humble avis cette brochure a été écrite par un avocat spécialisé en polices d'assurances pour les accidentés du travail. Le libellé donne une impréssion de précision dont une étude approfondie avère dangereusement vague et laisse au fabricant et au vendeur assez de mouvement pour une retraite aussi longue que celle de Napoléon en Russie en cas de litige avec l'acheteur.

Elle est là, rutilante et si charmante au milieu du sous-sol de chez Savoye, entourée par les deux frères et Vaillant, leur chef d'atelier. Notre déèsse se fait déja capricieuse, elle claque fusible sur fusible dès qu'on met le contact. En attendant que nos experts trouvent la cause et son remède nous admirons le +4 vert que l'on vient de retaper pour Madame Brigitte Bardot. Maman est un peu inquiète d'avoir à inaugurer un engin d'une telle puissance en sortant par la rampe raide et courbe du sous-sol. Elle demande à Vaillant:
-" C'est difficile à manier ?"
Vaillant est l'archétype du titi parisien avec l'argot et la gouaille, le vrai mécano pour lequel le cambouis et les moteurs léssivés sont une seconde nature. Pour lui, il n'y a pas de sorcèllerie, une auto, ça se dresse.
-" Ma petite dame, c'est aussi facile à piloter qu'un vélo"
-" Ca tombe mal, ça fait plus de vingt ans que j'ai fait du vélocipède pour la dernière fois " répond-elle.

Nous voilà propriétaires du monstre, tout a été prévu, le budget, le cahier où seront consignés les évènements, la chemise pour les factures, le planning de rodage avec tours/minute de 100 kms en 100 kms. On a loué une place dans un petit garage pour que la princesse dorme au sec et au chaud. Le soir nous mangeons en vitesse puis nous partons faire un tour, nous sommes émerveillés par tous les petits raffinements, nous sommes fous amoureux et ne l'échangerions pas pour une Aston Martin

De retour, nous allons au garage où nous sommes reçus par un pépé, un vrai, en bleu de chauffe, béret et patogas éculés aux pieds. Il ne manque même pas le mégot de gitane papier maïs collé à la lèvre infèrieure, indélogeable même la bouche ouverte. Si je fouille dans sa poche, sûr que je trouve un Opinel et un paquet de Riz-la -croix




-" Oh, ben nom des diou ! Ca doit drôlement droper un engin comme ça !". Il se campe les mains sur les hanches après avoir rejeté son béret sur l'arrière du crâne.
-" 185 km/h en pointe "
-" Ah oui, ça c'est droper. Votre place est au troisième, je vous montre le chemin "
La rampe est très étroite, arrivés au premier, impossible de négocier la rampe qui monte au deuxième. Marin au volant et le +4 au radiateur surchauffent, rien n'y fait. Pépé se tient là et nous contemple sans le moindre geste pour nous guider dans les manoeuvres. Il secoue de temps en temps la tête négativement et rallume son mégot en carbonisant un centimètre de moustache.
-" Où c'est-y que vous avez dégoté un engin pareil ?"
On lui explique que c'est anglais, que c'est fait dans du frêne du Worcestershire et les meilleures vaches de Scandinavie, que c'est assemblé à la main par des artisans quasi monastiques qui dorment sous les voitures toutes les nuits et que c'est peint à la main avec des pinceaux en petit-gris comme les Delage de son enfance. C'est un grand couplet lyrique et éducatif mais il laisse pépé impassible, totalement réfractaire à toute cettte snoberie.
-" Ben, en attendant, y va pas coucher içi c' soir vot' carosse; parce que vot' truc là, ça drope peut-être mais ça ne braque point. "
On ressort en marche arrière, la tête basse, mortifiés à la pensée que notre superbe auto va devoir coucher à la belle étoile entre une R8 et une Ami 6. Pépé referme les portes de son garage et en bouclant le cadenas, on l'entend bougonner dans les vestiges calcinés de sa moustache:
-" Ah!, ils sont fins les parigots, y's'font faire des guimbardes sur mesure comme moi j'fais faire mes costards, chez les rosbifs, en plus, alors que chez nous on a la 2CV qu'est dix fois moins chère et pis qu'est française. Y z'oublient que ces machins à la noix, ça drope peut-être mais ça ne braque point. Et pis, ma 2CV, elle aussi elle est décapotable,........., elle drope pas beaucoup mais par contre, elle braque. "

Je n'ai pas eu le courage de lui demander, mais je vous parie une locomotive Pacific 231 contre un mille-feuilles raci qu'en plus, la sienne
dormait au garage. ©La Taupe.
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Re: Il était une fois...

Messagepar La Taupe » 30 avr. 2010, 00:09

Les années avancent et les aventures se multiplient maos celle-là a laissé un souvenir impérissable:

LE ROI DU VOLANT
Le soleil est doux sur l'autoroute de Montélimar à Valence en cette fin de septembre.
Le moteur du +4 ronronne comme un chaton, à 120 km/h de croisière, et le vent chaud du sud caresse les joues de Frédéric qui sirote cet instant délicieux au volant de l'auto décapotée. Tout est si calme que Marisa s'est endormie à coté de lui et parfait son bronzage estival sans le savoir. Frédéric admire le nouveau volant en acajou et aluminium poli que le vendeur d'accéssoires auto de l'avenue de la Grande Armée a monté avant qu'ils partent en vacances. Il fait meilleur éffet que la vieille horreur en bakelite que Malvern continue à monter par tradition des courses de Brooklands d'avant la dernière guerre. Comme il n'y avait pas d'emblème Morgan pour le cache-écrou au centre du volant il a choisi un badge Triumph puisque c'est la marque du moteur.

L'auto rattrape doucement un semi-remorque 35 tonnes. Au fil des kilomètres, notre conducteur s'est affaissé dans son siège et ne peut plus voir la lanterne d'aile avant qui lui sert de repère pour jauger la largeur de sa voiture. Craignant de s'approcher dangereusement du poids-lourds, il s'arc-boute en prenant appui sur le pied gauche et en s'agrippant au volant pour se réhausser. Curieusement son buste ne décolle pas du dossier et l'impréssion qu'il ressent est très désagréable. Il constate qu'il manque un élément crucial sur le tableau de bord. Là où d'habitude il y a un grand cercle en bois il ne reste qu'un moignon cannelé dont l'ésthétique est du plus mauvais gout. Il lui faut un petit laps de temps pour comprendre ce qui vient de se passer. Il a maintenant le volant collé à la poitrine. Notre vendeur de volant n'a pas suffisamment serré l'écrou , caché dans le moyeu derrière le badge, qui une fois arrivé à fin de filet, a permis cette liberté saugrenue au joli cerceau.
Frédéric se sent plein de fourmis, le sang lui grimpe à la tête, la lumière et la chaleur du soleil deviènnent insoutenables. Il n'a pas envie de penser à la suite des évènements, mais il sait qu'il faut trouver une solution rapidement.
- Ouvrir la porte et sauter..........à 130 km/h il va falloir courir très vite pour ne pas se faire mal.
- Mordre l'axe cannelé et diriger la voiture avec les dents.......on ne voit plus la route.
- Si on ferme les yeux et qu'on ne dit rien à personne peut-être que le Morgan rentrera à Paris tout seul.........on n’a pas la Michelin 86 Dijon-Auxerre.
C'est très difficile de raisonner correctement dans ces moments là, alors il a une réaction bien française. Il lance le mot de Cambronne à tue-tête déchirant l'air tranquille rempli des parfums des herbes de la Provence; ça ne sert strictement à rien mais ça fait passer le temps et ça soulage. Le +4 doit être en attente d'instructions car, pour le moment il poursuit sa course à une distance égale entre l'énorme essieu tridème de la remorque et la barrière de sécurité.

Le chauffeur du trente-cinq tonnes s'inquiète de la lenteur avec laquelle cette toute petite voiture le double et jette un oeil torve et désabusé dans son rétroviseur. Il lui faut toute la maîtrise acquise au cours de vingt cinq ans de conduite pour garder le contrôle de son engin. Il pulvérise toutefois en fine pluie la gorgée d'eau minérale qu'il s'apprêtait à avaler en voyant ce conducteur aux yeux exorbités le volant collé à la poitrine.

Marisa que l'exclamation de Frédéric a réveillé, ouvre les yeux et les referme immédiatement. Elle croit à un cauchemar et se conforte en se persuadant qu'au réveil tout sera rentré dans l'ordre. Son inexpérience de ce genre de situation est tout à fait compréhensible. Il est béni le petit accessoiriste.

Sans vraiment y croire, presque nonchalamment, Frédéric tend les bras , poussant le volant vers son axe à trente six cannelures. Une chance sur trente six de gagner la super-cagnotte, c'est mieux que le loto mais en matière de sécurité automobile, ça fait plutôt minable. Saint Jean-Christophe, son frère, est au rendez-vous, tout rentre dans l'ordre, le volant s'enmanche bien gentiment. Frédéric reprend le contrôle de la situation et exerce une préssion phénoménale sur la colonne de direction jusqu'à la prochaine aire de repos. Il finit de doubler le camion, l'air serein et sûr de lui. Le chauffeur du poids lourd regarde le Morgan à nouveau lorsque ce dernier arrive à sa hauteur et a du mal à établir si il a rêvé ou non. Il se frotte abondamment les yeux. Il s'arrêtera, lui aussi au prochain parking pour prendre les quatre heures réglementaires de sommeil.

Le +4 a retrouvé son volant "Brooklands" en bakélite avec son bel écrou chromé que l'on peut surveiller tout en roulant. Frédéric l'a serré lui-même et de nos jours, il lui trouve un petit charme désuet. Marisa ne dort plus jamais en voiture et le presse de questions avec son charmant accent anglais:
-" Le moteur va pas s'exploser ?"
-" Qui a serré les roues ?"
-" Qui a révisé les freins ?"
-" Est-ce-que tu as quelque chose pour éteindre le feu ?"
-" Qu'est-ce-que c'est le petit bruit ?..............................."

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite.©La Taupe.
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Re: Il était une fois...

Messagepar LOU01 » 30 avr. 2010, 09:06

Le genre de cauchemar où on est heureux que tout se finisse bien.

Pas vraiment sérieux l'accessoiriste.... :(

Enfin, tout est bien qui finit bien et c'est raconté avec tellement de poésie qu'on s'y croirait, continue, mon gars, je te fais une collection de tes récits, à l'approche des 100 pages, on publie.... :mrgreen: ...trop bon !
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Re: Il était une fois...

Messagepar CorsaRed » 30 avr. 2010, 20:28

C'est vrai qu'on ne s'aperçoit réellement de l'utilité du volant que quand il est séparé de la colonne de direction.
C'est une expérience riche d'enseignement.

(non mais attends, c'est pas vrai, cette histoire ??! Si ?)

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Re: Il était une fois...

Messagepar La Taupe » 30 avr. 2010, 20:55

CorsaRed a écrit :non mais attends, c'est pas vrai, cette histoire ??! Si ?

Tout le sujet "Il était une fois..."est véridique, il n'est même pas romancé. C'est à la suite de cet incident mineur que mon épouse n'a plus mis les pieds dans un Morgan qu'en cas d'absolue nécéssité et n'a jamais posé les fesses dans aucune de mes vintage, même arrêtées et dans le garage.
Le Conte de Noel est inspiré d'un accident qui a vraiment eu lieu à Rebreuviette quand j'étais tout petit. Le conducteur (quelque peu imbibé) était dans une Traction Avant mais il ne neigeait pas, le fermier a vraiment engueulé sa femme en lui ordonnant d'éteindre la lumière, je ne sais pas si elle lisait "Nous Deux" mais c'est fort probable. Marin n'avait pas de quoi se payer un Flat Rad , il roulait en Simca 5, la version française de la Topolino.
Madame Nimmo-Smith a réèllement existé et tout ce que je raconte est arrivé mais l'auto était une Morris Minor traveller.
Le hérissson est également authentique mais vous, les humains, ne pourrez jamais y assister, il faut être une petite taupe pour en être le témoin.
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